Une question d’éthique

Une question d’éthique

Le Dr Ignazio Cassis a démissionné de la vice-présidence de la FMH suite à la décision démocratique des médecins de refuser activement la loi sur le Managed Care que lui (et son parti) ont fortement soutenue(1). Quelques mois après, il est le président de Curafutura, et déclare (2) : ““Curare” signifie traiter, soigner. “futuro” signifie avenir. Curafutura est donc synonyme d’une couverture des soins orientée vers l’avenir, et est le nom et le programme d’une association (d’assureurs-maladie) nouvellement créée dont je suis le président.”

Il exprime sa priorité : soins / cura / care. Cette priorité ne correspond pas à :

  • la biologie: son génome et sa fonction contiennent des éléments préventifs : un grand nombre de gênes n’ont aucun autre rôle que de prévenir les accidents de la réplication, réflexes innés par ex.quand on touche une plaque chaude, etc…
  • la vieille sagesse populaire : « Prévenir c’est mieux que guérir », toujours vivante et souhaitée par la population suisse. (3)
  • la bonne politique : « Gouverner c’est prévoir »
  • la médecine hippocratique : notre serment met l’Hygie (la promotion de la santé et la prévention) non seulement au même niveau que la Panacée (les soins, cura, care) mais encore avant les soins. Le serment de Genève dit «  Je considérerai la santé de mon patient comme mon premier soucis », vous lisez bien la santé et pas uniquement les soins. Et n’oublions pas notre déontologie, art. 2: « Le médecin a pour mission de protéger la vie de l’être humain, de promouvoir et de maintenir sa santé, de soigner… » (4).

Le programme du Dr Cassis, de Curafutura, des assureurs-maladie et en général de notre système de santé est unilatéralement axé sur la réparation. Une seule assurance est conforme à la biologie, à l’aspiration des gens, à la bonne gouvernance, à la médecine hippocratique, au serment de Genève, et à la déontologie de la FMH lorsqu’elle déclare : «  La Suva est mieux qu’une assurance : elle regroupe la prévention, l’assurance et la réadaptation. Elle est gérée par les partenaires sociaux…»(4).

Le temps est venu de mettre en accord le système de santé suisse avec l’éthique de la vie et de la médecine.

Curafutura est un nouveau nom, mais elle continue la politique unilatérale critiquée depuis des années par des médecins, des patientes et des patients et leurs organisations, mais aussi des économistes (5) : 2% des moyens sont attribués à la prévention et 98% à la réparation. La protection contre la maladie touche nécessairement le marché libre, mais cela ne peut justifier son sacrifice à des intérêts économiques ou idéologiques particuliers. Or l’année passée, la Loi de prévention, d’une portée modeste, soutenue par la FMH, fut balayée par les forces politiques dont font partie le Dr Cassis et d’autres responsables des assureurs-maladie : une fois de plus une petite tentative de prévention fut écrasée. On ne peut plus continuer dans cette voie et Curafutura n’y apporte aucune solution. La tâche prioritaire du système de santé est la protection de la santé avec la participation de la population dans la mesure du possible. C’est une tâche fondamentale et une question d’éthique.

Dr R. Niedermann, médecine interne générale, Genève

(1) « Time is over » éditorial du Dr Ignazio Cassis, BMS 23,2012 ; respectivement « La prise de risque d’Ignazio Cassis », Le Temps du 3 mai 2013

(2) BMS 2013; 94 :33.

(3) « Breite Akzeptanz der öffentlichen Gesundheitsförderung », BMS 2013 ; 94 : 23

(4) Le modèle SUVA, les quatre piliers de la SUVA : www.suva.ch

(5) Les rapports de l’OCDE consacrés au système de santé suisse de 2006 et 2011